> travail
Ad Reinhardt a donné un jour sa définition de la sculpture :
« La sculpture, c’est le truc dans lequel on se cogne quand, dans une exposition, on prend du recul pour regarder un tableau ».
C’était, bien sûr, la boutade d’un peintre pour qui seule comptait la « pein-ture pure ».
En tout cas, si Florentin Tanas fait bien œuvre de sculpteur, son travail n’a rien à voir avec cette définition sarcastique d’un peintre atrabilaire. À l’encombrant, il préfère l’aérien ; à l’inertie, le mouvement ; au compact, le délié. Chez lui, pas de pesanteur, pas d’opacité, pas de masse tétanisante. Plutôt l’arabesque, l’écriture, le déployé ; plutôt l’enchevêtrement, le serpentin, l’arceau ou le ruban. Les titres des œuvres en témoignent :
« Contour », « Onde », « Calligraphie », « Nimbe ».
Les matériaux le disent : le bois, celui des branches, des brindilles, des rejets et des lianes ; le caoutchouc, celui de la résine qui sort de l’arbre ; le carton, celui du coton nuageux ; le plâtre laiteux et le fer filiforme.
Et cela dit, comment dire plus ? Les regards d’enfant auxquels nous invitent les œuvres de Florentin Tanas : la comète maladroite, le lombric ramoneur, le bolduc enfariné et les chiffres en goguette ? Comment parler de la vie qui sourd, des ondulations amphibies, des croissances embroussaillées ? Ou raconter la lumière qui s’invite ? Avec l’ombre surtout : l’ombre qui bouge avec les lignes comme dans le plus beau des dessins. Comme dans les nuages aussi.
Décidément non, les poèmes sculptés par Florentin Tanas ne sont pas encombrants.
Bernard Crespin. Novembre 2008
