Lee Bae

ARCHE 13 ATELIER 12

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Né le 25 octobre 1956 à Chung-Do, Corée du Sud
Vit et travaille à Paris depuis 1990.
Diplôme de l’université de Hong-Ik, Séoul, Corée du Sud

portrait
 > expositions




 > travail

Pierre Soulages l'a souvent répété: ce n'est pas le noir qui l'a intéressé mais la façon dont le noir fait réagir la lumière, dont il la projette au devant de la toile, dont il la modifie en fonction du déplacement des spectateurs. Il en est de même avec Lee Bae, mais à l'inverse: ce ne sont pas les espaces blancs ou crème, pourtant immédiatement visibles,  qui lui importent mais la manière dont ils permettent un puissant contraste avec les continents noirs peints dans ses tableaux. Depuis ses débuts, en effet, le principal sujet de Lee Bae est le noir. Ce noir qui rappelle ses origines asiatiques, l'encre de chine, la calligraphie et qu'il a d'abord abordé avec du charbon de bois, un matériau lui-même très caractéristique de la culture coréenne. Après avoir travaillé ce charbon pendant une dizaine d'années, Lee Bae s'en est libéré au début des années 2000 pour lui substituer .... du charbon de bambou qui mélangé à de l'eau dans un premier temps puis, dans un second, à du médium acrylique est encore plus noir et plus dense. Car au delà de la symbolique du matériau, c'est toujours cette quête du noir qui anime la démarche de Lee Bae. Ce noir qui, comme le trou noir avec son attraction gravitationnelle dans le domaine de l'astrophysique, attire ici inexorablement le regard et devient un fabuleux réservoir d'énergie. Alors pourquoi cette attirance si forte et même cette nécessité du noir? Tout simplement parce que jusqu'à maintenant il est la seule couleur que Lee Bae ait trouvée pour évoquer justement les notions de densité et d'énergie qui sont les vrais centres de son travail . Là encore, Lee bae n'a jamais dévié et est resté concentré sur ces concepts depuis qu'il est artiste. Seule variante toutefois: au départ, il peignait des corps humains, dans une forme simple, presque stylisée, pour condenser l'image de la vie. Mais petit à petit, Lee Bae s'est détaché de cette figuration pour se débarasser de tous les aspects narratifs voire anecdotiques qu'elle engendre nécéssairement et s'est tourné vers  des formes abstraites. Le résultat n'était pas acquis à l'avance. Pourtant Lee Bae a réussi à donner à ses taches, signes, gestes encore plus de force et de  vitalité. Et ce, précisément par une attention encore plus grande accordée aux noirs. et aux rapports d'échelle entre ces formes noires et l'espace clair, couleur de cire et de cierge, qui les entoure. Et pour peu qu'on prenne le temps de bien regarder ces noirs, on se rend vite compte de leur formidable capacité à nous embarquer dans leur incroyable profondeur. Au point d'ailleurs qu'on se demande comment et de quoi ils sont fait. La réponse est le temps. Il faut avoir vu Lee Bae travailler pour comprendre à quel point cette profondeur du noir suppose la superposition de plusieurs strates, de plusieurs couches de peinture sur la toile. Car même si Lee Bae est obligé, pour des questions techniques ( notamment celles qu'imposent l'étalement du médium) d'intervenir rapidement, chaque oeuvre nécessité plusieurs passages, tel un  rituel, ainsi qu' un certain temps de séchage et de métamorphose au cours duquel le noir remonte pour mieux se renforcer. C'est d'ailleurs également en voyant l'artiste travailler que l'on découvre, contrairement à ce que l'on pourrait croire, que les formes noires ne doivent rien au hasard. Elles sont généralement préalablement réfléchies sur papier et ensuite plusieurs fois répétées à l'identique au fil des différentes couches constitutives de l'oeuvre. Il n'y a ici , pour chacune de ces formes, même lorsqu'elles sont constellées, aucune déperdition d'énergie dans des gestes incontrôlés. A l'inverse, c'est la précision et l'attention portées à leurs contours qui leur donnent toute leur tension, leur vibration, leur au-delà et permettent au noir de s'enfoncer vers une profondeur infinie d'où semble remonter au final une étonnante lumière. Il y a quelques temps lorsqu'on lui demandait si un jour il s'aventurerait vers la couleur, Lee Bae répondait qu'il commençait à y penser et qu'il avait même disposé dans son atelier différents pots de couleurs différentes pour se familiariser avec elles et avec l'idée jusqu'alors inenvisageable de peindre avec elles. Depuis, il a franchi le cap et s'est récemment risqué à utiliser du rouge et du marron. Une vraie révolution. Mais en apparence seulement. Lee Bae rappelle en effet que le noir contient toutes les couleurs et qu'ainsi, en travailler l'une ou l'autre, c'est encore, tout du moins en partie, mettre le noir à l'oeuvre.

Henri-François Debailleux